La Garacharua
En des temps moroses pour le football à Valenciennes, l’aficionado rouge et blanc aurait besoin de tremper bon nombre de madeleines dans sa chicorée pour partir à la recherche du temps perdu de nos illusions de 2007. Comme beaucoup d’habitués de Nungesser, je suis fort préoccupé par la saison qui approche à grands pas. Pourtant, je propose une pause sous forme d’un retour à des temps mythiques où le football n’était pas encore pris dans l’étau TV-business et où la Garacharua permettait à un pays de 3 millions d’habitants d’obtenir 4 titres mondiaux et 14 Copa America. Je pense bien évidemment à l’Uruguay ; situé au nord du Rio de la Plata et adversaire préféré des Argentins (sur l’autre rive du fleuve), avec pas moins de 103 rencontres entre ces deux équipes de 1901 à 1928.
Au-delà des nombreuses confrontations avec l’Argentine, ce pays est la première équipe d’Amérique du Sud à avoir fait connaître son football au monde entier. Le jeu de la Celeste, à la différence des européens, était basé sur de subtiles combinaisons en passes courtes et une virtuosité technique rarement atteinte par les formations d’alors. En 1916, l’Uruguay remporte la première Copa America officielle. Dans les années 20, seule l’Argentine est en mesure de contrer cette hégémonie, le Brésil en étant à ses balbutiements footballistiques (ségrégation raciale oblige). L’Argentine demeurant relativement isolationniste, c’est l’Uruguay qui ira représenter le continent sud-américain aux Jeux Olympiques de Paris en 1924. Avant de poursuivre, il est nécessaire de préciser que seuls les Jeux Olympiques de 1908, 1912, 1920, 1924, 1928 et 1936 avaient vu s’affronter les vraies sélections nationales, constituant ainsi de véritables championnats mondiaux.
Revenons aux Celestes ; au moment de leur arrivée dans la ville lumière, cette équipe était inconnue des nations européennes. La Yougoslavie, qui devait l’affronter lors du premier match, envoya des agents espionner les uruguayens. En connaissance de cause, le staff celeste fit s’entraîner l’équipe à un niveau exécrable. Après observation, les émissaires yougoslaves garantirent une victoire facile à leurs mandataires. Le score de la rencontre fut de 7 à 0 pour l’Uruguay. Le reste de la compétition fut une formalité pour l’équipe et un émerveillement pour les spectateurs, avec une victoire finale 3 à 0 face aux Suisses. Cette équipe fut fondatrice à deux niveaux ; d’abord, elle inspirera le jeu des Bleus jusqu’aux années 80, d’autre part, elle fit connaître le premier grand joueur noir Andrade (surnommé la « merveille noire » par la presse française de l’époque).
En 1928, l’Uruguay conserva son titre à Amsterdam à l’issue de sa 103ème confrontation face au rival argentin (1-1 puis match à rejouer et victoire 2-1). C’est en toute logique que la première Coupe du Monde allait se dérouler en Uruguay en 1930. Pour l’occasion, le pays, en plein essor économique, fit bâtir le Centenario, n’oubliant pas au passage de nommer deux de ses tribunes Colombes et Amsterdam en hommage aux deux victoires olympiques. Une nouvelle victoire en finale face à l’Argentine (4-2) allait provoquer l’isolement footballistique de celle-ci jusqu’en 1958.
Qu’en est-il alors de cette fameuse Garacharua?
La Garacharua est un trait de caractère uruguayen qui se manifeste par un refus absolu de la défaite qui conduit à une combativité d’autant plus féroce que l’adversaire est puissant et permet d’obtenir des résultats improbables. Le 16 juillet 1950 en sera une parfaite illustration. En 1950, le Brésil accueille la 1ère Coupe du Monde d’après guerre, grâce à ses performances en 1938. Pour l’occasion, les Brésiliens se dotèrent de Maracana (200000 places) qui devait être le théâtre du triomphe Carioca, prolongeant ainsi leur 1ère Copa America obtenue en 1949. Le début de la compétition allait donner raison aux Auriverde, car leur équipe inscrivit 21 buts en 5 rencontres, se qualifia pour la finale à quatre, gagna les 2 premiers matchs du « final four ».
Face aux Uruguayens en finale, les Brésiliens dominent la 1ère mi-temps, poussés par les 199000 spectateurs du Maracana, et prennent l’avantage par Friaça. Bizarrement, les Cariocas s’arrêtent de jouer en seconde mi-temps, ce qui permet à Schiaffino d’égaliser peu après l’heure de jeu. Le Brésil est toujours Champion du Monde grâce à la différence de buts mais vacille sérieusement face à la Celeste. Alcides Ghiggia allait alors plonger 150 millions de Cariocas dans le désarroi à la 82ème minute. Ce but fut suivi par le silence le plus édifiant de toute l’histoire du football et fera dire plus tard à son auteur : « Je suis la seule personne au Monde avec le Pape et Mick Jagger à avoir réduit Maracana au silence »
C’est donc ça la Garacharua et, si quelqu’un part en vacances en Uruguay cet été, il ne serait pas superflu d’en demander une ch’tiote dose aux autochtones pour en ramener à VA. D’avance merci.
Sources : L’Histoire du Football « The Beautiful Game » (Fremantle 2002)
Belle leçon d’histoire footballistique.
Cet Uruguay c’est un peu le Brésil que nous connaissons bien, des années 80 et 90.
Merci.