L’Ontologie du Mensonge
S’il fallait parler du VA-OM cru 2008 en termes footballistiques, le match pourrait se résumer à une équation insoluble. Celle d’une équipe, dans une mauvaise passe, visant le maintien et ayant perdu ses principaux atouts en vue de cet objectif, face à une équipe en forme, au budget bien supérieur et visant le haut du tableau. Bref, autant dire qu’une issue fatale pour la première nommée était prévisible. Par conséquent, je ne suis pas surpris du résultat final.
En revanche, au niveau des tribunes, je me suis trompé sur le public marseillais. Ainsi, lorsque VA battit l’OM la saison dernière, des supporters phocéens étaient venus nous féliciter, se montrant surpris de l’importance de cette victoire pour nous. Après cette défaite, les Marseillais s’étaient faits discrets et leur accueil, quelconque, au Vélodrome m’avait quasiment convaincu que, même si nous avions l’honnêteté de reconnaître que VA-OM n’était pas un match comme les autres pour nous, les Marseillais avaient définitivement tourné la page.
Pourtant, à la constatation de l’ampleur prise par les manifestations de joie du parcage phocéen au coup de sifflet final, j’avoue m’être fait bluffer comme un gamin par la science du mensonge des Marseillais. Oui, VA-OM n’est pas prêt de redevenir un match comme les autres mais, non, cette vision de ce match n’est pas exclusivement valenciennoise. Aujourd’hui, je mesure encore à peine l’étendue de ce mensonge.
Le mensonge est d’abord financier et publicitaire ; financier car tout un chacun sait parfaitement que, derrière son image « populaire », l’OM c’est avant tout la puissance financière du groupe Adidas qui leur confère un des 3 plus gros budgets de L1. Publicitaire, car on décrit souvent l’OM comme un club dont les Medias abusent de l’image quand, malgré un départ raté lors de l’exercice 2007-2008, Canal+ avait retransmis 90% de ses matchs, contribuant ainsi à maintenir l’OM numéro un dans le cœur du public football de salon.
Le mensonge est ensuite esthétique et culturel ; contrairement à ce que sous-tend le régionalisme marseillais, Marseille est loin d’être perçue comme la plus belle et la plus agréable des villes de la Côte d’Azur. Quand ses plus fervents amoureux vous parlent de l’aspect cosmopolite de la ville, la réalité des résultats du FN aux différentes élections depuis 20 ans maintenant, systématiquement au-dessus de la moyenne nationale, et son profond ancrage à droite, dernier bastion UMP des 4 grandes métropoles françaises, nous dit autre chose. Voilà ce qui devrait faire réfléchir une grande majorité de la population des banlieues, fan d’un club qui se moque bien d’eux.
Le mensonge de mémoire, que j’évoquais plus haut, se transforme enfin en mensonge de valeurs lorsqu’à la fin de notre dernière rencontre le parcage phocéen s’est mis à scander, avec emphase, le produit phare de la marque Saint-Macloud. D’aucuns répondront que c’était bon enfant. Mais comment ne pas penser à un accès de nostalgie de la période « dorée » 88-93 quand, au lieu de rendre hommage à l’excellent président actuel de l’OM, ils nous proposèrent ce chant qui n’honore que leur bêtise ? Les deux dernières saisons, nos homologues olympiens nous appelaient à faire abstraction du passé, prétextant que les dirigeants et l’équipe avaient changé depuis. Que pensent-ils désormais de ce chant de fin de rencontre ?
Quand nous, Valenciennois, rendons hommage à « l’homme de verre », en Athéniens du Nord que nous sommes, nous faisons écho à la tradition hellénistique d’amour de la vérité. Quand les roubaisiens du sud font la promotion du chauffeur de taxi de Doc Gynéco, ils font l’apologie d’une personne qui, non content d’avoir changé de bord politique à la faveur de millions d’euros récupérés, se rapproche d’une famille politique qui n’a eu de cesse de cracher sur la tombe de son meilleur avocat, l’antépénultième président de la République, dans ses années sombres ? Quel bel exemple …
En conclusion, s’il est une chose que l’Ontologie du Mensonge des paroles ne pourra jamais supporter, c’est bien la Vérité Accablante des Faits Constatés. Et, même si nous retournons « moisir » en Ligue 2, nous y retournerons le sourire aux lèvres avec la certitude de ne jamais avoir acheté de match. Quand on a connu l’enfer, la Ligue 2, c’est rien du tout.

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