L'Equipe du 4 mai 2006

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Messagepar micha14 » 04 Mai 2006, 09:34

ILS ÉTAIENT 4 000. Quatre mille, samedi à 2 heures du matin, à avoir investi la...
VALENCIENNES – de notre envoyé spécial LIONEL DANGOUMAU
1779 mots
4 mai 2006
L'Equipe
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ILS ÉTAIENT 4 000. Quatre mille, samedi à 2 heures du matin, à avoir investi la tribune d’honneur du vieux stade Nungesser, écharpes brandies et fumigènes rougeoyants. Quatre mille fidèles à être venus saluer le retour de leurs héros, après une démonstration à Sedan (3-0).

Au bout d’une saison étonnante, exceptionnelle, Valenciennes venait de remonter en L 1, treize ans après l’avoir quittée dans la foulée de l’affaire VA-OM. Un purgatoire sans fin qui avait vu VA connaître une liquidation judiciaire, deux descentes en CFA, sept entraîneurs (*), huit saisons de National et beaucoup d’espoirs déçus. Forcément, le bonheur et l’excitation de Valenciennes aujourd’hui sont à la hauteur de cette longue parenthèse noire. « J’ai vécu la montée de 1992, c’était déjà très fort, mais celle-ci est encore plus forte, estime Jean-Louis Borloo, le ministre de l’Emploi, homme fort de VA depuis vingt ans. Il y a eu tellement de déceptions et de souffrances entre-temps. »

Saison 1993-1994 ; VA relégué en D 2 ne peut se maintenir. Nouvelle descente. Sur les stades, Valenciennes est accueilli par les insultes. L’équipe se déplace en avion privé, atterrit parfois sur un aéroport militaire avant d’être accompagnée à son hôtel par les CRS. La chambre de Jacques Glassmann, l’homme du scandale, est surveillée par des policiers. Un soir de match, les joueurs découvrent un cercueil dessiné sur la porte de leur vestiaire, le nom de Glassmann à l’intérieur. « C’était incroyable, complètement délirant, un truc de fou, se souvient Bruno Metsu, entraîneur cette saison-là. Partout en France, on était les bannis. J’ai même reçu des lettres avec des balles de revolver. Tout le monde était traumatisé, les joueurs, les supporters. À la fin de la saison, je pensais même arrêter ma carrière. J’étais dégoûté de tout ce déballage, écœuré. C’est mon plus mauvais souvenir de football. »

Jacques Glassmann, qui travaille aujourd’hui pour l’UNFP, le syndicat des joueurs, nuance ce tableau très noir : « On a un peu exagéré alors qu’il ne s’est pas passé grand-chose dans la plupart des stades, même s’il y avait toujours deux ou trois illuminés. »

Sans doute perturbé par cette sourde hostilité, mais surtout saigné par la gestion hasardeuse de son président d’alors, Michel Coencas, Valenciennes poursuit sa chute, dans un trou sans fond. Fin 1995, le club accuse 24 millions de déficit et le tribunal de grande instance de Valenciennes prononce sa liquidation judiciaire. Borloo, pas encore ministre mais maire de Valenciennes, qui a déjà sauvé le club en 1986 lorsqu’il n’était encore qu’un jeune avocat parisien, doit préparer un nouveau plan de reprise avec deux dirigeants, Bernard Moreau et Jean-Claude Brienne. Au club, les promesses de dons affluent et, au début de 1996, le président de la cour d’appel de Douai, amateur de foot et bienveillant, accepte ce plan de sauvetage. L’USVA (Union Sportive Valenciennes Anzin) devient le VAFC (Valenciennes Football Club) et évite la DH, même si elle sera rétrogradée en CFA par la DNCG quelques semaines plus tard. Après vingt-cinq saisons de Première Division (**), Valenciennes, professionnel depuis 1933, se retrouve amateur et nu. Sans argent, sans joueur, sans centre de formation. Sans rien.

« Tout le club vidé, pillé », résume Bernard Moreau, alors nouveau président. « Il a fallu recrédibiliser le club, redonner confiance aux sponsors. Aucune banque sur la place de Valenciennes ne voulait seulement nous ouvrir un compte ! Finalement, c’est ma banque qui l’a fait avec une caution personnelle. »

Le nouvel entraîneur, Ludovic Batelli, est le premier à relancer VA, qui remonte bientôt en National. « Le dépôt de bilan a eu lieu le 1 avril 1996 et je suis arrivé le 30 juin. C’était le néant total, se souvient l’actuel entraîneur d’Amiens. Il nous restait trois joueurs pour les deux équipes seniors. Avec Bernard Moreau, on a travaillé comme des fous furieux. On a essayé de faire venir des joueurs qui collaient au club et à la région. Tout doucement, le club a redémarré. Deux ans plus tard, nos trois équipes seniors étaient montées et on avait retrouvé des 15 ans et des 17 ans nationaux. » Les ambitions reviennent mais Batelli, lui, est prié d’aller voir ailleurs. Avec un nouvel entraîneur, Didier Ollé-Nicolle, VA espère confirmer son renouveau. Comme son prédécesseur, Ollé-Nicolle travaille beaucoup avec les jeunes mais il manque de moyens. Et Valenciennes va certes remonter, mais après être d’abord redescendu en CFA... Un long tunnel sans fin.

« Ces années-là, franchement, on n’avait plus envie de venir ici, raconte Pascal Guéry, le kiné de l’équipe, au club depuis vingt-six ans. On ne se reconnaissait plus, on n’entendait plus parler de nous, c’était triste à mourir. »

La dynamique est encore incertaine et Bernard Moreau, dont les méthodes semblent trouver leurs limites, doit bientôt quitter son poste : le club accuse un déficit de 500 000 euros et Jean-Louis Borloo, qui vient alors d’être nommé ministre, est de nouveau appelé à la rescousse. Alors que le club vient de redescendre en CFA (2002), il reprend la présidence pendant deux ans, puis décide de passer la vitesse supérieure.

Car, après plusieurs tentatives, il a fini par convaincre son ami Francis Decourrière, ex-président de l’USVO, double champion d’Europe de basket féminin (2002, 2004) mais aussi député européen (UDF), de prendre la présidence du club. Decourrière a surtout des relations susceptibles de relancer VA. « Le carnet d’adresses, je l’avais. Dans le BTP, auprès des banques, etc. J’ai rencontré M. Leroy (directeur de l’usine Toyota d’Onnaing, à côté de Valenciennes). Il a accepté de nous soutenir. Toyota est une des plus grandes entreprises du monde, c’était un signe vis-à-vis du milieu socio-économique valenciennois. » En septembre 2004, le VAFC constitue une SASP avec comme actionnaires principaux Damien Deleplanque (directeur général du groupe Leroy-Merlin) et l’homme d’affaires Jean-Claude Perrin (32 % chacun). C’est le début de la renaissance.

Daniel Leclercq, ancien joueur et entraîneur de VA, ami de Bernard Moreau, prend la tête de l’équipe. En deux ans, l’ancien entraîneur de Lens va la mener de la vingtième place au titre de champion du National. « Il fallait redonner goût à la victoire aux joueurs après tellement d’années à perdre et à se faire siffler, se rappelle le milieu Philippe Burle, recruté par le “Druide”. La première saison a été difficile mais il ne nous manquait qu’un buteur. On l’a eu la saison suivante avec Steve Savidan. Le club avait aussi recruté d’autres joueurs confirmés pour franchir un cap. C’était un nouveau départ. On est passés de 3 800 à 5 800 spectateurs de moyenne, la ferveur était revenue. »

Comme si rien ne devait être simple, les derniers mois de cette belle saison furent quand même marqués par une rupture entre l’équipe dirigeante et Daniel Leclercq, coupé d’une partie de son vestiaire. Le soir de la montée en Ligue 2, du retour de VA dans le football professionnel français, est donc gâché par le départ de l’entraîneur, que refusent alors les supporters.

Dans ce contexte délicat, le premier match de la saison contre Dijon, le 30 juillet dernier, s’annonçait déjà capital. « Les gens nous attendaient au virage après le départ de Leclercq. Nous joueurs, mais aussi le nouveau coach et les dirigeants », indique Burle. Après cette première victoire (2-1), la saison était lancée. Avec une équipe renforcée à l’intersaison (Flachez, Dufresne, Doumeng), plus expérimentée qu’elle n’y paraissait au départ, et un collectif à l’état d’esprit impeccable, Valenciennes l’a passée sur un nuage. Encore en CFA en 2002, champion du National en 2005, le club nordiste a réussi un pari exceptionnel, plus rare encore que les deux accessions successives du Paris-SG (1974), de Mulhouse (1982), Guingamp (1995), Sedan (1999) ou Toulouse (2003). Exceptionnel car inattendu. « Ça fait deux ans que ce groupe travaille beaucoup, avec deux très bons entraîneurs, analyse le défenseur Éric Chelle. L’explication est là. Valenciennes est en L 1 grâce au travail. »

« Cette saison est la plus belle que j’aie connue au club, ajoute Pascal Guéry, le kiné. Avec un coach qui est un type formidable et qui a déteint sur le groupe. » Ce dernier, Antoine Kombouaré, parle d’« un immense bonheur » : « C’est impossible, c’est irréel, au-delà de nos espérances. Même dans mes rêves les plus fous, je n’aurais pas imaginé un tel scénario. Je suis très heureux pour les joueurs, les dirigeants, mais aussi d’avoir redonné de la fierté à ce public qui a beaucoup souffert. »

« On a l’impression qu’on a tout effacé et qu’on repart de zéro, mais au sommet », sourit Guéry.

Avec ce retour dans l’élite, VA a sûrement gommé les dernières traces des blessures nées de l’affaire VA-OM, sauf peut-être côté supporters (lire ci-contre). Mais, en treize ans, Valenciennes a sans doute perdu du temps en route. « Je suis un peu lassé d’entendre parler de ces treize ans de purgatoire, c’est un peu facile, estime ainsi Jacques Glassman. Il fallait tout de suite se tourner vers l’avant, plutôt que de regarder le passé en disant qu’on était lésés. L’affaire a été une excuse pendant des années. » « Je pense que ce qu’on a fait là, on aurait pu le faire il y a cinq ou six ans », ajoute Decourrière.

En L 1, Valenciennes mettra à l’épreuve sa nouvelle histoire, moins tourmentée. « C’est un club très sain dans ses fondements, très pro, assure Jean-Louis Borloo. La capacité des hommes en place à s’adapter me paraît totale. Je n’ai pas d’inquiétude. » Le ministre, qui est toujours président de l’association du club, va pouvoir laisser sa place, à la fin de la saison. Le cœur léger. « VA, c’est très profond pour moi. Je suis très, très, très heureux, tout simplement. » Jacques Glassmann aussi. « C’est le juste retour d’un club qui a une âme et qui mérite d’être là. »

(*) Bruno Metsu (1993-1994), Robert Dewilder (1994-1996), Dominique Corroyer (1996), Ludovic Batelli (1996-2000), Didier Ollé-Nicolle (2000-2003), Daniel Leclercq (2003-2005) et Antoine Kombouaré (depuis 2005).

(**) Pour comparaison, Auxerre compte vingt-six saisons de Première Division, Nancy vingt-deux.
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Messagepar micha14 » 04 Mai 2006, 09:35

« Marseille, Marseille,

on arrive ! »

LE CHANT, SCANDÉ AVEC EXCITATION, résonne depuis quelques semaines déjà dans les travées de Nungesser, partant de la tribune des ultras de VA : « Marseille, Marseille, on arrive ! » Comme si ces supporters valenciennois voyaient ce retour dans l’élite aussi (et d’abord ?) sous la forme d’une revanche attendue.

Pour eux, c’est entendu, les années difficiles, ils les doivent d’abord à l’OM et à ce 20 mai 1993, date du dernier Valenciennes-Marseille (0-1) de Première Division. La veille, à quelques jours de la finale de C 1 de l’OM contre le Milan AC, Bernard Tapie, le président marseillais, avait offert de l’argent à plusieurs joueurs de Valenciennes (Glassmann, Burruchaga, Robert) pour qu’ils lèvent le pied. Glassmann révéla la tentative de corruption le lendemain, lançant l’affaire VA-OM. « On était très fiers d’accueillir Marseille et les supporters ont eu l’impression d’être trahis », raconte Pascal Guéry, le kiné du club, déjà là en 1993.

« Les gens de la région ont souffert d’une injustice pour laquelle on est pour rien et dont on a été victimes », explique aussi Francis Decourrière, le président. Les mois qui ont suivi le déclenchement de l’affaire ont été difficiles pour les joueurs, mais aussi pour les supporters de VA. « La victime n’a pas été traitée comme une victime », reprend Jean-Louis Borloo.

Et, dans les explications à leur malheur, les supporters valenciennois ont davantage retenu l’affaire que les errements de leur club. Et, si leurs dirigeants aimeraient bien qu’on oublie ce passé-là, eux ne semblent pas disposés à ravaler leur rancœur. « Pour moi, c’est la seule fausse note de cette montée, juge Bruno Metsu, ancien entraîneur du club. Il faut effacer le passé et ne pas entretenir cette haine. » « Je crains la semaine qui va précéder le match (Valenciennes-Marseille, la saison prochaine), avoue Guéry. Pour moi, l’affaire est enterrée, il ne faut plus en parler, mais je sais qu’on ne va parler que de ça. Ce que je voudrais, c’est un p… de match qui se passe merveilleusement bien. » – L. D.
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Messagepar micha14 » 04 Mai 2006, 09:40

Pour une génération marquée par l’affaire VA-OM, le nom de Valenciennes est...

Pour une génération marquée par l’affaire VA-OM, le nom de Valenciennes est d’abord associé au plus gros fait divers de l’histoire du football français. Pourtant, Valenciennes est avant tout une vraie terre de foot. Comme le montre la ferveur qui a accompagné son accession en Ligue 1, vendredi dernier. Un résultat obtenu après une saison exceptionnelle, pour une équipe qui venait du National.
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Messagepar Pluche » 04 Mai 2006, 10:35

Super Article :wink: Merci
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Messagepar reno » 04 Mai 2006, 11:03

très bel article, objectif avec des anciens Valenciennois qui se sont exprimés, regardons devant nous , regardez comme cette ligue 1 est belle, l'élite nous tend les bras
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Messagepar ugoh » 04 Mai 2006, 11:13

super article qui décrit bien ce que ressentent les supp par rapport a l'om mais qui retrace encore et encore les 13 ans de gaalère et l'affaire.
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Messagepar Snacky32 » 04 Mai 2006, 11:15

Très bel article !!!
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Messagepar ASTERIX » 04 Mai 2006, 11:24

STOP au passé et maintenant regardons l'avenir droit dans les yeux.
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Messagepar Zual » 04 Mai 2006, 12:08

Merci et allez va!! :wink:
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Messagepar querci » 04 Mai 2006, 20:53

Quelqu'un pourrait 'il mettre en ligne le dessin du jour dans l'équipe?Il est pas mal :)
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